Critique du Nederlands Dans Theatre 

Critique du Nederlands Dans Theatre. Par Aline Apostolska Les meilleurs danseurs du monde ! Au fil des années, les nombreux amateurs de danse contemporaine de Montréal ont eu la chance d’apprécier de nombreuses troupes d’ici et d’ailleurs grâce à la programmation éclectique et exigeante de Danse Danse. Parmi lesquelles, au rythme de venues régulières, la troupe de 23 interprètes du Nederlands Dans Theatre basé à La Haye, qui lui-même a tant évolué depuis sa création en 1959 avec les directeurs artistiques, dont le mythique Jiří Kylián, qui se sont succédés à sa tête.
Jakie. Nederlands Dans Theatre Jakie. Nederlands Dans Theatre
Jakie. Nederlands Dans Theatre

Critique du Nederlands Dans Theatre. Par Aline Apostolska

Les meilleurs danseurs du monde !

Au fil des années, les nombreux amateurs de danse contemporaine de Montréal ont eu la chance d’apprécier de nombreuses troupes d’ici et d’ailleurs grâce à la programmation éclectique et exigeante de Danse Danse. Parmi lesquelles, au rythme de venues régulières, la troupe de 23 interprètes du Nederlands Dans Theatre basé à La Haye, qui lui-même a tant évolué depuis sa création en 1959 avec les directeurs artistiques, dont le mythique Jiří Kylián, qui se sont succédé à sa tête. 

Dirigée depuis 2020 par la Canadienne Emily Molnar, la prestigieuse troupe a encore mué en entretenant son répertoire tout en s’adaptant à la vision de cette ancienne danseuse puis directrice du Ballet British Colombia, mais également en intégrant de nouveaux interprètes, aux tailles, corpulences, formes et origines différentes, entamant ainsi une nouvelle ère, une de plus, de leur parcours pérenne marqué par une réputation internationale et un impact chorégraphique jamais démenti. Le secret? Il est simple et essentiel : ils étaient et demeurent parmi les meilleurs danseurs du monde. Le programme triple présenté au Théâtre Maisonneuve par Danse Danse du 20 au 23 mars 2024 en a fait une édifiante démonstration. La preuve par 23 pour une soirée mémorable.

Trois chorégraphes de prestige, eux aussi, avec trois univers et trois vocabulaires chorégraphiques très différents, ça a été le choix d’Emily Molnar pour ce programme, et c’est ce que cela prenait pour faire démonstration du talent des artistes au travers de propositions très contrastées. 

Tout d’abord The Point Being par les jeunes chorégraphes néerlandais, sœur et frère, Imre et Marne Van Opstal, un subtil univers en demi-teinte baigné dans une hypnotique de tessiture de lumières et de vapeurs, une scénographie graphique et sobre, tissé de mouvements fluides, trios recherchés, et un remarquable duo en point d’orgue. Une découverte en ce qui me concerne, entre souplesse et poésie, qui me donne vraiment envie de voir d’autres pièces de ces créateurs.

Suit la pièce, connue et vue à plusieurs reprises, One Flat Thing, du grand William Forsythe, icône de longue date de la scène chorégraphique internationale, installé à Francfort en Allemagne.  Une pièce radicale et saisissante travaillée au millimètre près par ce chercheur du mouvement épuré, mouvement abstrait, improbable et inattendu. Une occasion pour les interprètes du NDT de se frotter à cette œuvre courte, 15 minutes, tellement elle est exigeante et cardio ! comme d’autres compagnies avant eux. Danser dans un espace géométrique totalement obstrué de longues tables, dessus, dessous, entre, assis, debout, entre deux… une prouesse ludique qui à chaque fois stupéfait. Mais la pièce a assez mal vieilli, assez loin des courants actuels. Mais peu importe, l’œuvre constitue un classique, intemporel et toujours singulier, alors on a plaisir à la revoir, car elle véhicule avec elle un pan entier de l’histoire de la recherche contemporaine en danse. 

Pour finir, un vrai délice ! Comme toujours, dirais-je, avec l’exceptionnel trio de créateurs complices, les chorégraphes Sharon Eyal et Gai Behar et le compositeur Ori Litchik, qu’on a eu l’immense plaisir de voir il y a deux mois à peine à Montréal, toujours grâce à Danse Danse. Cette fois-ci, dans l’œuvre Jakie, on retrouve leur magie. Magie d’une danse organique, intense, sur la pointe de pieds, fusion du groupe et transe musicale, dans une lumière rasante, semi-obscure qui dessine magnifiquement la beauté des corps et des gestes moulés dans une sorte de seconde peau chair qui les rend presque plus nus que nus. Une pure récompense pour les sens et l’esprit, un magnétisme puissant qui laisse coi de plaisir. 

Une soirée mémorable, d’un très haut niveau. On espère le NDT à nouveau à Montréal, bientôt !

Photo principale : Jakie, Nederlands Dans Theatre

Parisienne devenue Montréalaise en 1999, Aline Apostolska est journaliste culturelle ( Radio-Canada, La Presse… ) et romancière, passionnée par la découverte des autres et de l’ailleurs (Crédit photo: Martin Moreira). http://www.alineapostolska.com

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