//La maison Macdonell-Williamson

La maison Macdonell-Williamson

Marie Desjardins
Pas de patrimoine sans conservation.

À l’heure où, au Québec, des merveilles du passé disparaissent sous les grues et l’imbécillité, il est impératif de soutenir ceux qui voient… plus loin. Sans le passé, l’avenir est inexplicable. Un jour viendra où l’époque de la colonie, ou celle du Haut et du Bas Canada, relèvera de la légende si le passé n’est pas davantage protégé. Ces maisons du régime français rasées de la carte, ces églises d’un autre temps laissées à l’abandon avant d’être démolies, ces fermes anciennes et leurs champs transformés en lotissements ou en stationnements gigantesques auraient mérité un meilleur sort dans cet endroit du monde où on ne cesse de réclamer des garanties pour la culture…

Heureusement, comme dans l’histoire d’Astérix, il existe des irréductibles qui vouent un culte à ce qui n’existe plus. Une maison de pierre, toujours magnifique, se dresse fièrement aux confins de Pointe-Fortune et de Chute-à-Blondeau grâce au travail acharné – pratiquement bénévole – de gens respectant ce qui les a précédés. C’est rare. Remarquable.

Pour découvrir l’histoire de cette demeure, site historique national – merci aux autorités éclairées – et propriété de la fondation du Patrimoine de l’Ontario, il s’agit bien sûr de s’y rendre… Mais aussi de se procurer sur place l’essai que lui a consacré Valerie Verity. Construite en 1817, cette maison de maîtres, comme on disait alors, et de tradition georgienne, abrita plusieurs générations de figures influentes de l’histoire du Canada jusqu’en 1961. Érigée le long de la rivière des Outaouais, et faisant face à la Seigneurie d’Argenteuil, elle fut entre autres une halte de la route du commerce des fourrures.

On peut en été, de juin à septembre, visiter ce lieu librement ou avec un guide, ce qui est encore mieux car les gens passionnés qui en font faire le tour sont de véritables historiens. Avant la construction du barrage hydro-électrique, qui dénature le point de vue, ce site devait être magnifique. Il l’est encore, en dépit de certains aspects forcément décrépits par le temps et le manque de moyens.

L’intérieur est ravissant, ayant conservé de nombreux traits de ses origines, plafonds hauts, moulures, escalier massif, larges fenêtres, papiers peints, ainsi que certaines patines de ses murs aux couleurs improbables de nos jours, ou encore la configuration de ses chambres à l’étage, disposées en étoile et possédant toutes une antichambre.

Les pièces présentent encore de nombreux meubles d’époque, fascinants à observer – lits, fauteuils, divans, tables et chaises – mais également des vêtements datant du XIXe siècle, uniformes militaires, et, étant donné un métissage dans la famille, une collection unique d’artéfacts amérindiens heureusement sauvegardés au fil des ans par les descendants de cette famille qui contribuent toujours à ce que ce musée en reste un. Au sous-sol, la cuisine est en l’état, intouchée et munie de divers ustensiles authentiques.

La visite peut prendre tout un après-midi puisqu’on y offre également, dans la salle à manger magnifiquement décorée, le thé à l’ancienne, et à l’anglaise, dans des tasses de porcelaine fine. Cela est sans compter, bien sûr, des scones et des confitures maison. Délicieux et raffiné. Dans l’ancienne salle qui fut un magasin de fourrures, une vaste boutique de souvenirs bien remplie a été aménagée.

Dans cette maison, le temps s’arrête. On capte ce qui a pu y être. On passe un moment avec ces ombres qui n’ont jamais cessé de l’aimer, semble-t-il, on apprend quelque chose, on se souvient.  Le site Macdonell-Williamson est l’un des joyaux conservés du pays. Bien sûr, c’est à ne pas manquer.

Auteur de romans, d’essais et de biographies, Marie Desjardins, née à Montréal, vient de faire paraître AMBASSADOR HOTEL, aux éditions du CRAM. Elle a enseigné la littérature à l’Université McGill et publié de nombreux portraits dans des magazines.

Partagez par courriel