Karl Tremblay, un homme en costume chantant dans un micro pendant La Grande Messe.

Karl Tremblay. La Grande Messe

Lettre à Karl Tremblay.  Par Ricardo Langlois
C’est en écoutant Les étoiles filantes que j’ai découvert Les Cowboys fringants. J’aimais le texte. Tu parles de la vie si brève avec les mots de Jean-François Pauzé (guitariste et parolier). J’aimais ce langage. L’âme qui est en mouvement. J’allais vers vous même si j’en étais empêché intimement. À la radio universitaire(1), on m’a donné la permission de faire jouer n’importe quelle chanson, sauf celle-là. Elle jouait partout. C’était comme l’hymne sacré des Québécois. Je l’avoue bien humblement : Harmonium et Jean Leloup ont joué beaucoup plus souvent.
Pourquoi je vous aime
Courant vers vous, hésitant, La Grande Messe est un album puissant. Il y a une joie sourde qui m’interpelle. Volubile, mon cœur est touché. Je me vois vous entourer de mes bras, Karl Tremblay. J’aime vos témoignages, vos certitudes. Je vis dans l’unité d’un Québec souverain. Il ne s’agit pas de parler de politique, mais de quelque chose de plus profond.  Comment se définir par rapport au monde? Comment cette musique peut-elle toucher plusieurs générations?  Moi, qui ne juge que par la musique des années 70 et 80. Les Cowboys jouent tellement à la radio, et pourtant, ce n’est pas mal d’aimer la mélancolie d’une génération.
L’âme québécoise
Une étoile qui s’éteint dans le ciel de la musique québécoise. Karl Tremblay, le chanteur, le conteur, l’ami, le symbole d’une génération. Je l’avoue, c’est la chanson Sur mon épaule qui est devenue un moment important sur la culture québécoise : la beauté de la langue française, le magnifique héritage culturel. 25 ans de fidélité. Toute l’âme d’un amour peut tenir dans le moindre signe, dans un instant de rien. Tout l’amour se livre parfois par quelques mots d’une chanson. Il y a de la joie. Il y a les larmes.
L’âme des Québécois brille comme une étoile filante. Il ya trop longtemps que je vous aime secrètement. Je collectionne vos vinyles : Break Syndical, L’amérique pleure et La Grande Messe. Il y a une réflexion existentielle dans toutes vos chansons. Je persiste à interroger mon cœur. Qu’est-ce qui retient mon amour pour un groupe aussi authentique? C’est son amoureuse et violoniste Marie-Annick Lépine qui a trouvé les bons mots :  Tu étais une force tranquille, le pilier d’une famille, d’un groupe et de milliers de fans. Un homme heureux. Tu trouvais le bonheur beaucoup plus émouvant que le malheur. Toujours positif et réconfortant, tu ne demandais jamais rien… sauf de câlins. 
Sur sa page Facebook, elle a publié un ciel illuminé avec un magnifique coucher de soleil du soir ou le chanteur de 47 ans s’est éteint. Milan Kundera disait de la petite nation qu’elle est celle qui peut disparaître et qui le sait. Que la petite nation soit fragile ne veut pas dire qu’elle ne soit pas capable de grandeur (2 ).

Hier soir, je lisais Gaston Miron, je crois que Karl Tremblay mérite ces mots :
Hommes
Il faut tuer la mort qui sur nous s’abat
Et ceci appelle l’insurrection de la poésie. (3)
Note
1- J’ai été animateur et réalisateur à la radio de l’UQAM de 2003 à 2009.
2- Léandre St-Laurent, auteur, étudiant a la maîtrise en philosophie, 21 novembre 2023, Journal de Montréal.
3- Gaston Miron, L’homme rapaillé, p. 173. Typo.
Les Cowboys fringants ont vendu plus de deux millions d’albums dans la francophonie. Ils ont remporté plus d’une vingtaine de Félix. En mai 2023, le groupe a reçu la Médaille d’honneur de l’Assemblée nationale.
Paroles Les étoiles filantes
Si je m’arrête un instant pour te parler de ma vie
Juste comme ça tranquillement dans un bar rue Saint-Denis
J’te raconterai les souvenirs bien gravés dans ma mémoire
De cette époque où vieillir était encore bien illusoire
Quand j’agaçais les p’tites filles, pas loin des balançoires
Et que mon sac de billes devenait un vrai trésor
Et ces hivers enneigés à construire des igloos
Et rentrer les pieds g’lésjuste à temps pour Passe-Partout

Mais au bout du ch’min dis-moi c’qui va rester
De la p’tite école et d’la cour de récré ?
Quand les avions en papier ne partent plus au vent
On se dit que l’bon temps passe finalement
Comme une étoile filante

Si je m’arrête un instant pour te parler de la vie
Je constate que bien souvent, on choisit pas, mais on subit
Et que les rêves des ti-culs s’évanouissent ou se refoulent
Dans cette réalité crue qui nous embarque dans le moule

La trentaine, la bédaine, les morveux, l’hypothèque
Les bonheurs et les peines, les bons coups et les échecs
Travailler, faire d’son mieux, n’arracher, s’en sortir
Et espérer être heureux, un peu avant de mourir

Mais au bout du ch’min dis-moi c’qui va rester
De notre p’tit passage dans ce monde effréné ?
Après avoir existé pour gagner du temps
On s’dira que l’on était finalement
Que des étoiles filantes.
Las OlasMains Libres

Ricardo Langlois a été animateur, journaliste à la pige et chroniqueur pour Famillerock.com