Mario Pelletier, Chants de nuit

Mario Pelletier, vêtu d'une chemise bleue, pose pour une photo. Mario Pelletier, vêtu d'une chemise bleue, pose pour une photo.
Mario Pelletier, Chants de nuit pour un jour à venir.  Par Ricardo Langlois
Il m’apparait important de souligner ce livre paru en 2020. En 2023, ce recueil est maintenant traduit en espagnol. Je veux souligner que Mario Pelletier est venu lui-même chez moi m’apporter son livre. Sa feuille de route est impressionnante. Il a dirigé les pages culturelles au journal Le Devoir. Il est romancier, essayiste, historien et poète.
L’ontologie noire de Schopenhauer
C’est un livre qui traite de la souffrance, de l’empire du vouloir égoïste, du non-être qui est préférable à l’Être (1). Les jeunes (les wokes surtout) ne veulent rien savoir du passé. Ce n’est pas nouveau. Depuis la Covid, l’ethnocentrisme ou le colonialisme temporel semble être la norme. En 2023, la censure est partout. Mario Pelletier décrit le mal de vivre.
« Errance dans l’hiver indéfini
Des temps zombis
On s’enfonce au plus obscur de soi
Dé-mémorisé
Désâmé
N’ayant plus que parole réflexe
Qui perd son sens
Qui n’est plus qu’absence 
Creusée dans la suite des heures
Dans le puits des temps morts
Chute dans un trou d’homme en abîme » (p. 11)

Prisonnier de l’Écran Dieu
« L’Écran Dieu » est partout. Surtout dans les transports en commun. Tourner en rond dans le carré. Une balle perdue qui roule dans tous les sens. On s’enferme dans une bulle. Je cherche un bout de rêve, un fragment de poésie, une prière pour éviter de m’effondrer. Parce que le temps passe, je reviens à l’enfance. Comme plusieurs poètes et écrivains, je me questionne sur l’époque actuelle. C’est Jean-François Beauchemin qui m’a le plus bouleversé durant le mois de juillet :
« Par bonheur, je parviens encore à discerner en moi une espèce de poésie qui je crois est une pensée en train de naître (…) je me remets à croire en ces jours où j’ai été heureux plus que je ne l’ai cherché. » (2)
Nous sommes constamment en mode d’urgence. La terre qui agonise. Les manifestations en France. Le Canada qui ignore le Québec. On peut évoquer : le vol de l’âme. Qu’il faut désormais dormir avec son épée. Schopenhauer avait raison quand il dit que c’est l’amour-propre qui guide le monde. La souffrance est omniprésente. L’époque est nihiliste et barbare.
La vie est difficile et éprouvante pour toutes les générations. Pour le poète que je suis, il est important de trouver la rose. Comme une croyance. Comme un trésor d’enfant. La lecture et la musique sont des consolations. Il y a le silence de la nuit. Écrire des partitions de musique comme un buisson ardent. 
Voici le poème de l’espoir, Silence
« Le silence se gagne peu à peu
Comme une plongée en eau profonde
Dans l’essentiel de soi
Silence où se déplient les ailes de l’âme
Dans d’autres espaces et d’autres temps  (p.36)
Tout le recueil cherche farouchement à faire surgir un « au-delà du Moi »  (André Brochu). Peut-on avoir une prise de conscience planétaire pour un monde meilleur. Un autre extrait, comme une prière, un cri lancé au cosmos :
« J’appelais
J’appelais à tue-tête
À crever les tympans du cosmos
J’appelais
Cet Amour qui nous enlèverait
Très haut » (p. 59)
De mille enfances, je veux remplir mon cœur.


Notes
  1.  Michel Onfray, Les radicalités existentielles. Tome 6. Essai, Le livre de poche 2010.

       2.  Jean-François Beauchemin, Archives de la joie. Québec Amérique, 2018.

Mario Pelletier, Chants de nuit pour un jour à venir.  Écrits des Forges, 2020.

 

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