France Boucher, Nef de pierre

Une femme vêtue d'une veste noire et d'un foulard debout à côté d'un arbre en France. Une femme vêtue d'une veste noire et d'un foulard debout à côté d'un arbre en France.
France Boucher, Nef de pierre.  Par Ricardo Langlois
Le propos est féministe. Si je lis les premières lignes… L’homme blanc d’Amérique est un prédateur. Le mouvement #Me Too a fait beaucoup. Ce discours appartient aux médias. On pourrait parler de déshumanisation généralisée. Le souvenir de l’attentat de la polytechnique fait partie du recueil de France Boucher.
Dans l’ombre du maître
« Jadis
La vie
Parlait 
Au masculin
L’espace
Pour les femmes
Et les enfants
Glissait
Dans l’ombre 
Du maître » (p. 11)
Moi, qui ai passé ma vie dans la musique, la poésie et la contemplation. Dans l’échelle ontologique, je suis un tout petit poète maladroit victime de sa grande sensibilité. Je ne sais pas grand-chose du féminisme. Je me souviens de Marjo, quand elle m’a confié la difficulté d’être la seule femme avec une gang de gars. France Boucher doit avoir la même hypersensibilité que moi. La tuerie du 6 décembre 1989 à la Polytechnique est un geste de vengeance. Il semble que depuis la création du monde, l’homo sapiens n’a pas encore compris. Est-ce que le monde est anesthésié par les médias sociaux qu’il en oublie la compassion?
L’Homme est le fruit de millénaires de déterminisme et de conceptions dominatrices du monde. Il faut donc, beaucoup d’amour, de compréhension et d’écoute. Je ne fais pas partie de ces hommes prédateurs parce que je ne comprends pas ça. Heureusement, l’autrice poétise et espère un changement.
« Architecture de la patience
Revêtons-nous d’un feu dièse
Flamme violette ou prune
Écharpe abreuvant  le jour
De paroles lucides
Porteuses
Ne cessons pas de créer
De lignes de force
De réinventer le cercle
Marqueurs de changement »  (p. 33)
Seule avec les mots
« Sur cette île où je suis, seule avec les mots qui traversent avec moi les jours, je me retourne sur mes pas pour les éclairer, honorer l’amour dans sa capacité de nous inviter à l’accomplissement de nous-mêmes. »  (1)
Cet extrait d’Hélène Dorion est, pour moi, un phare dans la nuit. Trouver un chemin de résilience par la nature et le recueillement. La vie est un grand mystère même à l’âge de 60 ans, pour moi, il y a encore tant de questions sans réponses. L’usure du caillou, la beauté d’un visage, le mystère de l’amour qui nous rapproche et nous éloigne en même temps. Être soi. Le moi de l’écrivain. Quelle est ma forteresse devant ce monde technologique. Où trouver la paix? Je crois que vous avez choisi les bons mots à la page 63 :
« Continuer
Au fil des joies
Quotidiennes
Immatérielles
Foncer
Se rebiffer
En maintenant
Le dialogue
L’intimité
Avec la nature »

L’amour des mots
Dans une entrevue avec Christophe Condello (2), vous parlez de l’amour des mots, des images, des synonymes. Vous mentionnez votre admiration pour Rina Lasnier et le livre « Regards et jeux dans l’espace de Saint-Denys-Garneau ». Votre écriture exprime un monde en transformation. Vous dites :
« Lire en soi
Offrande
Méditation
Élire conscience
Liberté »  (p. 76)
Retenir le meilleur du passé. Retrouver l’instant. Renouveler l’espace avec celui qui est dans l’abîme, secouer le vieux tapis du langage ou « se battre jusqu’à voir réapparaître dans sa trame la mystérieuse image de nos vies éternelles » (3).

Notes
  1. Hélène Dorion, « L’étreinte des vents », Druide 2018.
  2. Blog Christophecondello.wordpress.com
  3. Christian Bobin, « Un bruit de balançoire », Folio 2019.

France Boucher a publié six recueils de poésie aux Écrits des Forges.

France Boucher, « Nef de pierre », Écrits des Forges 2023.

Mains LibresPoésie Trois-Rivière

Ricardo Langlois a été animateur, journaliste à la pige et chroniqueur pour Famillerock.com