Le livre de la jungle d’Akram Khan

Un groupe envoûtant de danseurs se produisant sur scène sur Le livre de la jungle d’Akram Khan, créant un spectacle captivant pour le public. Un groupe envoûtant de danseurs se produisant sur scène sur Le livre de la jungle d’Akram Khan, créant un spectacle captivant pour le public.
Le livre de la jungle d’Akram Khan : quand la sagesse nous est contée. Aline Apostolska
La belle compagnie d’Akram Khan, chorégraphe anglo-bangladais mondialement acclamé, est revenue à Montréal en ce début novembre grâce à Danse Danse, comme elle le fait depuis de nombreuses années, toujours pour le plus grand plaisir des spectateurs montréalais. Cette fois avec un spectacle total à grand déploiement où Akram Khan reprend l’œuvre de Kipling avec une vision personnelle et une vision contemporaine.
Qui ne connait pas Le livre de la jungle ? Mowgli l’enfant sauvage, Baloo l’ours, Bagheera la panthère noire, Hathi le colonel des éléphants, Akela le chef de la meute de loups qui a recueilli Mowgli, Kaa le python, et les singes espiègles, et les oiseaux majestueux, toute cette faune de la jungle indienne qui nourrit l’imaginaire et le cœur des enfants depuis sa parution en 1894. C’est dire sa pérennité et son impact considérable sur tant de générations de par le monde. Des rééditions, des films, des dessins animés, des bandes dessinées, des comédies musicales, des réinterprétations par dizaines, mais toujours ce message qui touche et se transmet sur le lien indéfectible entre le genre humain et le genre animal, entre l’humain et la nature dont l’humain est issu et dont, faut-il s’en rappeler alors que les catastrophes climatiques se succèdent ? L’humain demeure dépendant et inter solidaire, la nature, les animaux auxquels l’humain doit respect au risque de se perdre lui-même.
Une sagesse fondamentale qu’Akram Khan reprend dans sa version réimaginée du Livre de la jungle située ici et maintenant, pour laquelle il plonge dans son propre héritage indo-bangladais à travers cette histoire dont il a souvent dit qu’elle demeurait depuis toujours une de ses inspirations principales. Le spectacle qu’il en donne est saisissant, émouvant, inoubliable, au travers d’un mélange unique et stupéfiant de danse, de théâtre, d’infographie, de musique parfaitement fusionnés, et grâce à des interprètes tout à fait hors du commun. Encore une œuvre majeure d’Akram Khan, parmi tant d’œuvres majeures, présentées sur le scènes internationales, de ce chorégraphe à la signature si singulière que l’on redécouvre d’œuvre en œuvre depuis plus de vingt ans.
À l’ami qui m’accompagnait lors de la représentation au théâtre Maisonneuve, je racontais comment j’avais découvert le tout jeune Akram Khan en l’interviewant à Londres au début des années 2000, alors qu’il avait été découvert et produit par le Vooruit de Gand qui a tant fait pour la danse contemporaine en produisant les immenses Alain Platel, Sidi Larbi Cherkaoui ou Jan Fabre… À cette époque, Akram Khan m’avait longuement parlé de ses origines bangladaises, son amour du Kathak, l’une des huit formes principales de la danse classique indienne, égal à son amour de la danse contemporaine, son identité d’anglais né et grandi à Londres mais dont l’héritage, surtout transmis par sa mère, était si présent dans sa vision du monde et sa création qui émergeait, et dans laquelle il ne voulait renoncer ni à sa part occidentale ni à sa part indienne, ni à l’une ni à l’autre des influences musicales, linguistique, chorégraphique, philosophique. Et il a réussi. Ses œuvres ont toujours témoigné d’une subtile et exceptionnelle capacité à fusionner les unes et les autres parce que cette fusion, c’est lui, et c’est aussi le monde d’aujourd’hui. D’abord dans des solos mémorables, puis des œuvres de groupe qui ont ravi les foules.
Dans ce Livre de la jungle réimaginé, il opte pour une vision contemporaine du message écologique et non spéciste, qui reconnaît l’égalité fondamentale entre toutes les espèces et qui prône pour une considération éthique de tous les êtres vivants, sans discrimination basée sur l’espèce, qui en 1894 déjà était celui de l’auteur britannique du Livre de la jungle. On y retrouve toutes les caractéristiques des œuvres d’Akram Khan : la narration (une histoire nous est racontée, écrite par l’auteur Tariq Jordan et dite par les interprètes), la musique contemporaine aux sonorités indiennes ponctuées de chants (signée Jocelyn Pook et Gareth Fry), la vidéo comme des images dessinées dans l’air qui entraînent dans un autre monde (vidéo, animation et rotoscopie* par l’équipe de Yeast Culture*), les mouvements du Kathak que l’on reconnaît très bien, ralentis, déstructurés et magnifiés par douze interprètes d’exception (Maya Balam Meyong, Tom Davis-Dunn, Harry Theadora Foster, Filippo Franzese, Bianca Mikahil, Max Revell, Matthew Sandiford, Pui Yung Shum, Elpida Skourou, Holly Vallis, Jan Mikaela Villanueva et Luke Watson) Mowgli étant devenu une fille, et tous interprétant, avec brio, des animaux, panthères, ours, singes, serpent. Autant de performances remarquables.
Plein les yeux, plein les oreilles, plein la vue, plein l’esprit et plein le cœur. Une œuvre d’art total qui fait vraiment du bien par les temps si sombres que nous vivons collectivement. Merci Akram Khan, et à bientôt.
Bande-annonce du Livre de la Jungle

Le making-off du Livre de la jungle

Akram Khan parle et danse Desh (Terre natale)

* La rotoscopie est une technique d’animation qui consiste à tracer sur des images filmées pour créer une séquence animée.
* Fondée par Nick Hillel, Yeast Culture se caractérise par son utilisation innovante de projections vidéo et d’espaces de performance non conventionnels. L’équipe collabore souvent avec des danseurs, des musiciens, des théâtres et d’autres artistes pour créer des œuvres qui défient les frontières entre les disciplines traditionnelles. Ils peuvent projeter des images dynamiques sur des structures tridimensionnelles, interagir avec des performances en direct ou créer des environnements immersifs où l’audience fait partie intégrante de l’expérience.
Le Pois PenchéPoésie Trois-Rivière

Parisienne devenue Montréalaise en 1999, Aline Apostolska est journaliste culturelle ( Radio-Canada, La Presse… ) et romancière, passionnée par la découverte des autres et de l’ailleurs (Crédit photo: Martin Moreira). http://www.alineapostolska.com