Sankofa Danzafro : Puissant hommage à la culture afro-colombienne

Sankofa Danzafro : Puissant hommage à la culture afrocolombienne. Par Aline Apostolska
Sankofa Danzafro : Puissant hommage à la culture afrocolombienne Sankofa Danzafro : Puissant hommage à la culture afrocolombienne
Sankofa Danzafro : Puissant hommage à la culture afrocolombienne

Sankofa Danzafro : Puissant hommage à la culture afro-colombienne. Par Aline Apostolska

Quel spectacle ! Ma belle-fille, qui assistait avec moi à cette incroyable représentation, m’a dit que son voisin s’était endormi, et nous riions en nous demandant comment cela avait été possible ! S’endormir alors que sur scène avait lieu un véritable ouragan de danse de transe portée par des assourdissantes et hypnotiques percussions, le tout interprété sur scène par trois musiciens et quatorze danseuses et danseurs. Voyons don’ ! Impossible ! 

Et ce n’est pas simplement la puissance de la musique et l’incandescence inégalable de la danse, le rythme incomparable, mais l’énergie indescriptible qui depuis la scène envahit la salle entière et finit par vibrer en chacun des spectateurs. On voit rarement des spectacles de ce type qui présentent une chorégraphie certes contemporaine, mais très proche des danses rituelles originelles intrinsèquement et indissociablement liées à la pratique de la religion yoruba, religion païenne originelle des peuples noirs africains venus comme esclaves en Amérique du Sud et dans les Caraïbes. 

Alors même que l’importance de l’apport des cultures autochtones dans l’identité et la culture identitaire et artistique québécoise et canadienne, Danse Danse nous a offert l’occasion de voir également l’apport des cultures noir africaines sur la culture identitaire et artistique caribéenne et sud-américaine, en l’occurrence ici, colombienne, avec la troupe Sankofa Danzafro originaire de Medellin, créée et menée par le chorégraphe Rafael Palacios. Lequel rappelle ainsi que la Colombie qui, après le Brésil, compte la deuxième plus large population afro-descendante du continent latino-américain. Ce faisant, Palacios rend hommage à l’apport culturel, notamment spirituel et artistique, de ses peuples opprimés, exploités, niés après avoir été kidnappés et torturés. 

Ces esclaves avaient survécu grâce à leur spiritualité yoruba, leur musique, leurs chants, leurs danses folkloriques, lesquelles ont directement donné à la fois les negro spirituals, le jazz, le gospel, mais aussi bien le reggae (et même le reggaeton), hip-hop, le rap, les danses de rue, la culture de rue en général. Un héritage incommensurable, et dont ce fabuleux spectacle titré Detras del sur : danzas para Manuel  de Sankofa Danzafro vient nous permet puissamment de comprendre. En une heure, démonstration est faite : les danses et percussions cérémonielles originelles restent la base, le fondement de toutes les danses et musiques qui en sont issues et en ont permis l’évolution. 

Le chorégraphe Rafael Palacios rend hommage à cette afro-descendance colombienne tout en rendant hommage à celui qui a consacré une œuvre littéraire considérable à retracer l’histoire et l’influence de la diaspora noire africaine sur le continent sud-américain : le célèbre écrivain colombien Manuel Zapata Olivella, et notamment son œuvre majeure intitulée Changó el Gran Putas ( Changó ce sacré dieu, 1983)

Changó, justement, au cœur du panthéon yoruba, dieu de l’amour, du désir, de la création, ainsi que les autres dieux majeurs, Yemaya, Ochún, Oyá, ils étaient tous là, sur la scène du théâtre Maisonneuve, dansant, dans un rythme délié et envoûtant et une remarquable scénographie, un impeccable vocabulaire gestuel géométriquement millimétré et de superbes costumes dans des tons de terre. Du grand art.

À ne pas oublier : deux spectacles majeurs présentés en mars par Danse Danse : Message in a bottle (par la célèbre troupe londonienne du Sadler’s Wells sur les chansons de Sting) et le retour attendu du Nederlands Dans Theater (dans un programme triple).

Danse Danse spectacles 

À propos de l’écrivain Manuel Zapata Olivella 

Parisienne devenue Montréalaise en 1999, Aline Apostolska est journaliste culturelle ( Radio-Canada, La Presse… ) et romancière, passionnée par la découverte des autres et de l’ailleurs (Crédit photo: Martin Moreira). http://www.alineapostolska.com

Le Pois PenchéMains Libres